Comment la Chaise a-t-elle Envahi nos Vies ?
Comment la Chaise a-t-elle Envahi nos Vies ?

Une petite histoire de la chaise

Avez-vous déjà remarqué combien la chaise est omniprésente dans notre quotidien ? Depuis son invention dans les temps les plus reculés de l’Antiquité, elle s’est glissée partout. Chaise de salon, de table, de bureau, de voiture, de jardin, de bistrot, de plage, de camping, de réunion, de cinéma, de spectacle, etc., on ne lui échappe pas ! L’histoire de la chaise répond t-elle à cette question : sommes-nous devenus paresseux ou bien simplement de fervents utilisateurs d’une invention qui a évolué avec nous ?

La chaise : l’Antiquité en héritage

Les différents éléments qui composent le siège

La chaise telle que nous la connaissons se compose de plusieurs éléments, plus ou moins constants :

  • un piètement composé de pieds et parfois renforcé par une entretoise ou pièce rigide maintenant le tout avec robustesse ;
  • l’assise ;
  • le dossier ;
  • les accotoirs, communément renommés accoudoirs de nos jours, il sont les « bras » de la chaise ;
  • l’accoudoir primaire qui préfigurait la têtière. On peut penser que cette dénomination accolée au repose-coudes du prie-Dieu lui valut d’être ensuite confondu avec l’accotoir et de prendre sa place dans le langage commun.

 

En France, le savoir-faire de la chaise est classé à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel de France. Celui-ci implique la maîtrise de plusieurs techniques telles que :

  • la conception ;
  • le dessin ;
  • l’ébénisterie ;
  • la sculpture ;
  • la charpenterie ;
  • le rempaillage ;
  • le tournage sur bois ;
  • la ferronnerie ;
  • la décoration ;
  • le vernissage ;
  • la broderie ;
  • la tapisserie.

 

L’Egypte, berceau de l’assise

À quand cela remonte-t-il ? Depuis quelle époque les êtres humains sont-ils de fidèles usagers de la chaise ? Les recherches archéologiques nous éclairent et situent l’invention, et surtout l’emploi régulier de la chaise, dans l’Antiquité égyptienne. Les rares découvertes telles que le trésor du tombeau de Toutankhamon, ainsi que les représentations les plus anciennes, imposent la chaise comme un meuble couramment usité en Egypte. Alors que l’art de la charpente et du travail du bois se développa aux environs de 3 000 ans avant notre ère, la chaise était un élément rare du mobilier. Le bois étant un matériau peu répandu en Egypte antique, sa possession restait donc restreinte aux classes de population ayant quelques moyens financiers mais surtout l’usage de ce meuble. Car la chaise fut, dès lors, représentative d’une haute fonction dans la société. On le remarque au soin apporté à l’ornementation de ce meuble. Les quelques pièces ayant exceptionnellement survécu au passage du temps le démontrent : incrustations d’ivoire et d’or viennent dessiner des motifs de tous genres sur les dossiers, tandis que la taille des pieds stylise des pattes d’animaux.

La chaise s’installe en Europe

Il faut attendre plus de 2 000 ans pour retrouver la chaise dans les ornements figurant les vases et autres vestiges de la Grèce antique. La chaise dite klismos fut typiquement grecque, avec la reprise du dossier et de pieds ornementés mais incurvés. Des variations décoratives semblaient suivre le désir de celui ou celle qui la possédait. Plus démocratique que la chaise égyptienne, le klismos peut avoir appartenu à de riches marchands et non uniquement aux grands personnages des cités grecques.

Les Romains eurent, pour leur part, un autre type de chaise. Dans la Rome antique, un style apparaît, différent de la chaise égyptienne ou grecque. Plus aisée à transporter, la chaise curule est un modèle qui paraît créé pour les maîtres de celle qui fut d’abord une république avant de devenir le cœur d’un empire. Les sénateurs et les consuls avaient leur curule attitrée, souvent portée d’un lieu de pouvoir à un autre, selon l’enceinte dans laquelle ils officiaient. La chaise curule apparaît d’emblée comme l’expression du pouvoir. Pratique, elle était dépourvue de dossier, assez haute, affublée de pieds recourbés et croisés. Cette iconographie de la curule permettait une uniformisation des sièges de pouvoir avec une touche personnalisée souvent identifiable par la présence d’ivoire ou de motifs. Parallèlement, en Chine, la chaise semble s’être invitée dès le IIe siècle. Des témoignages iconographiques et vestiges archéologiques ont mis au jour la preuve que l’empereur Han Kingdi, influencé par les échanges avec l’Occident, instaura sa propre version de la chaise pliante. Elle n’était pas l’apanage d’une fonction mais restait un meuble coûteux. L’adoption de la chaise fixe n’apparut qu’autour de 750.

Moyen Âge et Renaissance : un meuble réservé à l’élite

Le succès de la chaise comme meuble d’apparat se fait plus évident encore au cours du Moyen Âge. En Europe, peu de gens possédaient ne serait-ce qu’une seule chaise. Selon les lieux, publics ou privés, le peuple se contentait de banc et de tabourets. Ce n’est pas sans raison que les trônes furent d’absolues reprises de la chaise née dans l’Antiquité. Ils en conservèrent les codes esthétiques pour les accentuer au gré des désirs de la royauté en place ou bien de l’évolution des outils et du savoir-faire des ébénistes.

Les rois se réservèrent longtemps le privilège de la chaise. Pour autant, il serait facile d’imaginer que leur position assise était plus confortable que celle du petit peuple. Majoritairement en bois résistant, constitué d’une assise étroite et d’un haut dossier, la chaise médiévale est aussi austère au regard qu’à l’usage ! Nobles et clercs se sont peu à peu octroyé le bénéfice de la chaise non comme meuble agréable mais comme mobilier digne de leur rôle au sein de la société.

La Renaissance apporte une embellie tant au niveau des techniques que des matériaux employés. Le travail du bois offre l’opportunité de passer commande de chaises qui ne ressemblent pas à celles du voisins et apportent une vraie touche décorative à un intérieur. Le cadre de bois se pare de motifs variés et se marie au tissu, à la tapisserie, au rembourrage ô combien salvateur en crin ou en jonc. Toujours représentative, la chaise devient un vrai meuble utile et confortable qui entre dans les demeures bourgeoises au moins avec autant d’éclat que dans les châteaux de la noblesse.

Les styles sont en revanche rapidement définis par les souverains, surtout en France. La Cour et le roi imposent des codes plastiques qui portent le nom d’une époque ou d’un souverain. Les styles mobiliers français sont, dès lors, définis comme celui de Louis XIII, de Louis XIV, de Louis XV, etc. Reprenant des bases communes, ils affirment, chacun leur tour, le goût d’un règne.

Le style Louis XIII

Le confort intègre la chaise qui se compose d’un dossier bas, de rembourrage fait de pelotes en crin ou en jonc/rotin, d’un revêtement en tissu, en tapisserie ou en cuir. Le bois est travaillé sur un tour de telle sorte que l’artisan peut styliser une colonne spiralée sur une entretoise en H pour garantir stabilité et robustesse à l’ensemble. Mais ce piètement peut aussi être travaillé en console (forme en S) ou balustre (évoquant une colonnette enflée).

Le style Louis XIV

Le dossier s’allonge et l’assise s’élargit. La touche personnelle se retrouve dans l’ajout de passementerie (décoration brodée sur tissu) ajoutée au couvrement et un piètement encore plus travaillé, plus fin, suivant ce qui fut nommé le modèle de pied en « os de mouton ». La forme de l’entretoise change progressivement pour passer du H au X.

Le style Régence

Un certain renouvellement s’opère à cette époque (1700-1730). La chaise gagne en légèreté et en originalité avec une plus grande variété de formes. On voit ainsi la naissance d’une forme cintrée, d’un dossier moins haut et arrondi aux angles, une traverse d’assise sculptée en motif géométrique et des pieds cambrés de telle sorte que l’entretoise devient inutile.

Le style Louis XV

Les nouveaux partis pris esthétiques poursuivent leur conquête de la chaise. Le meuble est encore allégé et ce malgré l’introduction d’un style rococo présageant une décoration chargée. Le dossier se fait concave, les pieds et traverses imitent de fines moulures et sculptures asymétriques figurant des végétaux de toutes sortes. La peinture sur bois, dans des tons clairs, renouvelle le matériau lui-même.

L’histoire de la chaise se poursuit avec les styles Directoire, Restauration, Empire et Second empire qui jouent avec ces codes établis, chacun optant pour une austérité retrouvée ou une ostentation de formes, de couleurs, de techniques et de matériaux variés.

L’envolée dans l’histoire de la chaise : le design et l’ergonomie

Forte des aléas de l’Histoire européenne, la chaise devient un meuble accessible à tous au cours du XVIIIe siècle. La Révolution industrielle participe ensuite à sa popularité grâce à une production en série qui assurera à la fois son succès et le nouveau stade de son évolution. Le bois n’est plus le seul matériau adapté à la conception de la chaise : le fer et bientôt le plastique et ses dérivés entrent dans la danse. Parmi les premiers modèles à succès, on trouve :

  • la chaise Windsor : avec un piètement fixé à un dossier constitué de pièces cintrées et de fines baguettes sur une assise sculptée. Imaginée aux environs de la ville de Windsor au cours du XVIIIe siècle, elle connut un grand succès outre-Atlantique grâce au gouverneur de la Pennsylvanie ;
  • la chaise à bascule : mise au point vers 1730 en Angleterre pour imiter le balancement des berceaux et développée aux États-Unis pour devenir le fameux Rocking-chair ;
  • la chaise de bistrot : dite chaise n°14 créée par l’industriel Michael Thonet en 1859, l’artiste du bois courbé avec assise en cannage, souvent imitée mais jamais égalée. Elle réunit pas moins d’une vingtaine d’éléments assemblés dont 6 pièces de bois courbé, 10 vis, 2 écrous pour un assemblage et un démontage rapide et pratique ;
  • la chaise pliante de café : mise au point par le fabricant Fermob perdure encore de nos jours. Cette petite merveille de fer forgé s’inspira de l’art d’un certain Gustave Eiffel en 1889 et éparpilla des exemplaires dans tout Paris, café, bistrot, restaurants, jardins publics avant de conquérir la France et le monde ;
  • la chaise transat appelée aussi chaise de pont puis chaise longue naquit à la fin du XIXe siècle la faveur des traversée transatlantiques, d’où son nom. Au départ, chaise pliante faite de rotin, de bois et agrémentée d’un repose-pieds avec accoudoirs, ce modèle se démocratisa avec l’apparition des congés payés de 1936 et la ruée sur les plages. La chaise longue perdit ses accoudoirs et son rotin au profit d’une toile ferme associée à du hêtre, du teck ou de l’acacia ;
  • le modèle de chaise Cantilever, véritable excentricité design 1926 de Mart Stam qui arbore une structure sans pied à l’arrière mais des propriétés physiques permettant l’équilibre ;
  • la première chaise coque, moulée en une seule pièce et toute en plastique, concept inventé par Edgar Kaufman Jr., Robert Lewis et James Prestini en 1948 ;
  • la chaise Mullca du nom de sa marque, ce modèle remporta une victoire éclatante dans les années 1950 auprès du marché de l’Éducation nationale qui en équipa toutes les écoles de France pendant près de 50 ans ;
  • etc.

 

Mais la clé du bond en avant de l’histoire de la chaise réside dans la révolution du monde de l’après-guerre. Alors que la position assise était autrefois réservée aux gouvernants, elle est devenue l’indispensable posture du travailleur. L’entrée du travail dans le tertiaire a amené la chaise dans la vie de tous. L’explosion est née dans l’après Seconde guerre mondiale avec le développement des télécommunications, l’informatisation, une amélioration du niveau de vie et une facilité d’accès à la consommation comme à la production de masse. Entre chaises de table, de salon ou de jardin, il fallait aux concepteurs imaginer des assises toujours plus performantes, plus belles, plus originales et plus confortables. La problématique a donc vu s’affairer les fabricants toujours soucieux de proposer des solutions au diapason des besoins des particuliers et des entreprises. Commodité, confort, esthétique, coût, encombrement minimal d’espace, etc., la chaise est devenue un objet design, un meuble aux multiples facettes, un siège qui ne fait plus qu’un avec son environnement et son usager. Tandis que l’art de la maison se prête à la diversité, l’entrée en scène des problématiques de santé posées par le mal de dos, a poussé la chaise de bureau à devenir ergonomique. Les designers se sont mobilisés pour adapter les besoins physiques de l’Homme à ceux du travail, pour faire en sorte que la posture assise et figée ne soit plus ressentie comme une contrainte.

 

Symbole des puissants, la chaise a traversé les âges pour entrer dans la vie de tous. Devenue compagne de notre quotidien, elle est aujourd’hui multiple et promet de nous surprendre encore tant les récentes inventions proposées par les fabricants tendent à approcher d’une perfection salvatrice mêlée d’une audace stylistique sans cesse renouvelée. Intrigué(e)s ? Visitez les pages de notre site  !